// PORTRAIT // Christiane Dunia : une évidence solaire

                      

Slameuse liégeoise d’origine congolaise âgée de 22 ans, Christiane est notamment active sur la scène slam de la Zone. Elle a récemment participé à un projet slam avec la Philarmonique de Liège, ainsi qu’au festival Congolisation et aux Midis de la Poésie à Bruxelles. Rencontre avec cette jeune femme à l’écriture parfois drôle et triste en même temps, touchante assurément.

RETROUVEZ-LA SUR SCENE DANS LE CADRE DE LA FINALE DES  PRIX PAROLES URBAINES LE 23 MARS AU BOTANIQUE.

 

Les débuts…

J'ai commencé à écrire vers 12, 13 ans. Au début, j'écrivais plutôt des histoires. Mon style a évolué vers la poésie. J'ai commencé à faire du slam en 2015. J'ai toujours écrit sans jamais penser à venir dire mes textes sur scène et c'est en écoutant Grand Corps Malade que j'ai com-mencé à y penser. J'ai été très inspirée par les textes de MC Solaar, la présence sur scène de Gad Elmaleh et la manière de décrire le réel avec une écriture profonde d'un rappeur comme Youssoupha.

Quand je suis arrivée du Congo, j'ai cherché un club de slam et j'ai trouvé La Zone, à Liège.

Le slam, l'écriture, la scène…

La plupart des gens ne connaissent pas le slam. Quand des gens me demandent ce que c'est le slam,  je leur dis que c'est juste avoir un texte, venir le dire devant un micro et que c'est une forme très libre : on peut faire un texte très poétique ou un texte de rap.

Je n'ai pas d'endroit précis pour écrire. C'est en cuisinant que les idées me viennent le plus souvent. Je teste mes textes à l'oral, je vois s'ils sonnent bien et puis je réécris.

La partie mémorisation me prend beaucoup de temps mais c'est nécessaire car je pense qu'on est plus confiant quand on connaît son texte par coeur.

J'ai eu l'aide de Simon Raket qui a organisé une rencontre de coaching scénique. J'ai retenu ses conseils et cela m'aide encore beaucoup aujourd'hui. J'avais une voix basse, on ne m'en-tendait pas bien et j'ai fait des exercices pour parler plus fort. J'ai aussi appris à capter le regard du public. J'ai aussi travaillé les silences et les pauses.

Sur scène, il reste un stress mais cela dépend de la réaction du public. Quand je sens que le public me soutient, je me sens plus à l'aise.

La demi-finale des Prix...

Pour le premier texte, j'étais stressée car je ne savais pas encore comment cela allait se pas-ser, je ne connaissais pas tous les candidats… Pour le deuxième texte, cela s'est mieux passé, j'étais moins stressée car le premier avait bien fonctionné. La demi-finale était une expérience très enrichissante car j'ai rencontré d'autres slameurs qui venaient d'autres régions que Liège. Je pense que les gens se sont retrouvés dans mes textes. Je ne parle pas trop de moi-même, j'essaye de toucher les gens. Quand j'ai regardé les vidéos de la demi-finale, je me suis rendue compte que j'étais une raconteuse d'histoires, avec un débit assez lent.

Pour la suite, j'aimerais aller sur d'autres scènes, comme Bruxelles. La Finale est une nouvelle expérience, je prépare un nouveau texte mais pour moi, c'est un bonus. J'ai rencontré un nouveau public, des membres du jury. C'est déjà gagné pour moi.

Porte voix ?

Comme j'ai grandi au Congo et que je suis arrivée en Belgique à 20 ans, je vois les choses dif-féremment des gens nés en Belgique. Je parle des gens qui sont restés au pays et qui n'ont pas eu la chance de venir en Europe, comme moi.  Certains de mes textes sont politiques mais pas tous. Il n'y a pas forcément de lien entre mes textes : je parle d'amour, de l'immigration, de sujets fort différents. Ce que j'essaye de faire c'est dire à haute voix ce que les gens n'arrivent pas à exprimer. Je suis contente quand les gens me disent : « Merci, tu as dit ce que moi je n'ai pas pu dire. Tu m'as touché ». En tant que slameuse, je ne ressens pas de différence, sur scène, entre les hommes et les femmes : je pense qu'il faut juste avoir un bon texte.

Lisette Lombé

Crédit photo: Sam'touch