IBAAKU

Ibaaku, dernier d’entre les noms qu’il s’est donnés, est un artiste en mouvement, éthéré, propulsé par un éclectique et insatiable appétit du son. 

Son itinéraire créatif, précocement entamé à Thiès par la pratique du clavier et de la clarinette, l’a progressivement mené vers différents genres qu’il habite, hip-hop, soul, jazz, folk, toujours momentanément, toujours à leurs frontières. 

Sa musique procède aussi bien de la ruche urbaine qu’est Dakar avec ses banlieues alentour, où il installa un studio d’enregistrement, que des vertes étendues de la Casamance et les paysages accidentés de la Sardaigne, où il aime à se retirer, se perdre pour mieux se retrouver. 

Depuis la fin des années 90, il est, pour avoir produit plusieurs disques d’autres artistes et sortis avec ses groupes successifs deux albums, une figure importante de la scène hip-hop. Il s’y meut comme un excentrique insider, un b-boy affranchi des codes, attitudes et formes convenus. 

Parce qu’étranger à la culture contemporaine de la réclame à tout crin, il reste un artiste assez confidentiel, plus occupé à créer qu’à promouvoir. Son intégrité artistique, sa liberté de mouvement, demeurés inaltérés, se manifestent dans l’oeuvre protéiforme qu’il continue de forger avec son groupe I-Science, ses compositions personnelles ou encore sa collaboration avec la styliste Selly Raby Kane. 

Curieux du monde et de ce qui s’y révèle aujourd’hui de neuf dans les arts, mobilisé à dynamiter les murs et bornes dressés dans la musique par le marché, il est de ces millenials qui forment l’avant-garde de la création contemporaine sur le continent africain.